11 février 2008

Le matériel de peinture

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Le matériel de peinture est, sans doute, le plus grand problème rencontré par les artistes qui vivent dans les pays sous-développés. Aujourd’hui, seuls les peintres issus de familles bourgeoises aisées, peuvent se permettre le luxe de travailler avec du bon matériel en quantité.

Dans tout le pays, Alger, est l’une rares régions du pays où un peintre peut acheter son matériel. Certains doivent donc parcourir plus de 200 K pour se procurer de la toile, des tubes… Et puis, des fois, les importateurs font n’importe quoi. Il leur arrive , par exemple, de mettre sur le marché de nombreux produits inutiles alors que les matériaux de base, voir indispensables, demeurent introuvables. Je me rappelle d’une époque où le Bleu primaire et la térébenthine étaient introuvable pendant trois ans.

La ministre de la culture se vente constamment d’avoir augmenté le budget de la culture et d’avoir financé de nombreux festivals. En effet, le règne de Boutefliqua et de sa ministre se distinguent par le tape à l’œil et toute sorte d’événement médiatiques. Pourtant, elle n’a eu aucune politique réelle visant à sauver les métiers de l’art. Elle n’a rien fait pour protéger les artistes de la misère et de la grande précarité. Pire encore, en voulant imiter la grenouille qui veut se faire plus grosse que le bœuf avec la signature d’accords économiques avec les grands pays industriels, Boutefliquat a carrément détruit les petits importateurs qui munissaient les quelques commerces algérois de matériel de peinture. Ce marché est tout petit en Algérie, et généralement il n’intéresse guère les importateurs classiques des matériaux de Bureau et de papeterie.

Depuis deux ans, les produits haut de gamme " Lefranc Bourgeois " ont ainsi presque disparus de la circulation. Ils ont été remplacés par Pebeo qui fabrique ses produits en Chine. Cette marque était importante dans le passé. Depuis qu’elle s’est délocalisé en Asie, elle fait du n'importe quoi car la Chine privilégie la production en masse d’articles bon marché.

Aujourd'hui, un importateur originaire du Mzab s’est installé à Alger avec quelques boutiques aux allures de supermarché sous l’enseigne " techno ". Il a profité de la disparition des petits importateurs et d’une pénurie en matériel de peinture qui dura plusieurs mois pour faire grimper les prix en flèche. Ce fut un choc, très rude pour les peintres.

Ces derniers temps, je me suis offert assez de matériel pour pratuire 60 peintures par ans pendant cinq ans. J'ai du acheter en grosse quantité car les prix grimpent constament à cause de l'instabilité que connaît l'euro. Ce qui est certain, c'est que ça ne va pas descendre. ça m'a coûté deux années du salaire d'un ouvrier. Mais combient sont-ils ces peintres qui peuvent se permettre une telle dépense ?

Les conséquences de tout cela est que beaucoup n’ont pas les moyens de se procurer leurs matériaux. Comment acheter le mètre de toile à 800 ou 1000 D (8 à 10 euros) alors qu’on a une chance sur 1000 de vendre la peinture une fois achevée. La plupart des artistes travaillent par conséquent sur de la percale vendue entre 50 et 150 D le mètre, ce même tissu que les pauvres utilisent pour fabriquer des draps ou des linceuls. Ils commencent par la badigeonner de produits de bâtiment avant de peindre dessus. Il y a des peintres qui remplacent la peinture à l’huile par de la laque de bâtiment, qui mélangent leur acrylique à de la vinyle de batiment… Quant à la térébenthine, la plupart des peintres ne connaissent pas son odeur. Ils utilisent celle de la quincaillerie qui coûte cent fois plus cher.

Même si une fois l’œuvre finie, elle peut paraître " normale ", il faut savoir que ces produits de bâtiment, eux aussi, fabriqués en chine, ne sont pas conçus pour durer très longtemps.

Ce système D paraît séduisant à première abord et on est même tenté d’admirer des artistes aussi débrouillards, mais les conséquences sont désastreuses pour la pérénité des tableaux en tant qu'objets ainsi que pour la réputation du métier. Les œuvres produites ainsi ont une durée de vie tellement courte qu’elles finissent par se craqueler par elle même, au bout de quelques années. Elle ne résistent même pas à une légère humidité. Et là, je ne parle même pas des teintes qui jaunissent, des blancs qui virent aux gris…

Nous sommes face à une escroquerie. Les artistes qui travaillent avec de tels matériaux en sont conscient. C’est pour ça qu’ils baissent les prix comme s’il s’agissait de liquider de vulgaires tableaux industriels tirés à des dizaines de milliers d’exemplaires. J’ai vu des peintres vendre une toile à 2000, voir 1500 D. Ors, c’est ce que je dépense, moi, en utilisant de la toile, de la peinture, de l’essence et du vernis de qualité pour chacune de mes oeuvres. Face à une concurrence aussi déloyale et immorale, un peintre intègre et exigeant ne peut plus écouler ses œuvres. Les acheteurs me reprochent souvent de pratiquer des prix trop chers, même lorsque je ne vends qu’à 100 euros la toile. Certains me parlent comme si j’étais un escroc alors que les vrais escrocs sont ceux qui vendent à bas prix.

En partant avec de telles toiles, ces acheteurs non avisés, pensent faire une bonne affaire. Il suffit de parler avec eux un moment pour se rendre compte qu’ils ne savent généralement pas faire la différence entre la peinture à eau et la peinture à l’huile. Si je leur révèle à quel prix je paye mes pinceaux, ils refusent de me croire et me prennent pour un menteur.

C’est très rare de tomber sur un acheteur ou un visiteur qui possède un minimum de connaissances sur ces questions. Pourtant, il faut bien les connaître si l’on veut un jour acheter une peinture.

Posté par redha_peintre à 12:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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