15 février 2008

Ces associations et ces centres culturels

En 2007, des amis m’ont plusieurs fois proposé d’exposer avec eux dans des associations ou des centres culturels. Ce n’est pas que je fais la fine bouche. J’ai déjà tenté cette expérience et je sais qu’il faut toujours s’attendre au pire avec ce type d’établissement.
Il y a quelques années, lorsque j’ai commencé à exposer, un type j’étais dans une galerie entouré de mes peintures, un type est venu vers moi. Il avait l’air très gentils et d’un air tout aussi affable, il m’a proposé d’exposer dans la maison de culture qu’il gère. Il disait chercher un artiste pour commémorer la 1er novembre et que mes peintures lui plaisaient beaucoup. A l’époque, j’étais tellement naïf que ses flatteries m’ont fait bondir de joie. J’ai réalisé 15 peintures pour l’occasion et l’exposition a eu lieu. Tout avait l’air de bien passer, mais le 3 novembre, j’entre et ne trouve plus les peintures dans la salle d’exposition. A leur place, je trouve des gens qui ont dressé plusieurs tables remplies de vêtement artisanaux. Le gardien me préviens que le directement les a mis ailleurs. Il m’a conduit vers une sorte de couloir poussivement et mal éclairé. Je vais voir le directeur. Il me reçoit froidement et m’explique qu’il avait commi une erreur de calendrier et qu’il avait promis il y a des semaines à ce groupe d’artisan de mettre la galerie à leur disposition.
Je lui ai rappelé qu’il m’avait promis deux semaines !
Il s’est mis à hausser la voix et m’a fait entendre les propos suivants :

« Ecoutes, que t’es conneries restent dans ce couloir ou dans la galerie, ça ne changera rien. Personne ne viendra les voir. Les gens n’en ont rien à foutre. »

Je lui dis : « Mais c’est vous qui êtes venu me voir ! »
Il me dit : « Je vous ai promis d’exposer pour le premier novembre et c’est fait. »

Je lui dit : « Vous m’avez promis une semaine. »
« Ecoutes, si tu m’énerve, tu n’auras même pas droit au couloir. »

Je lui dis : « Vous allez remettre ces peintures dans la galerie ou je vais ramener les flics. »

Il se mit à rire et le gardien qui était près de la porte rigolait lui aussi.

Je suis sorti et je suis allé voir un ami du cartier qui était flic. 20 minutes plus tard, je rentre avec lui dans le centre. Mes peintures se trouvaient aintenant près de la porte, contre un mur.
Lorsque le directeur a vu mon ami le flic, il est devenu tout rouge. Il essaya de se justifier mais le policier le coupait avec autorité.

« Pourquoi avez-vous décroché ses peintures ? »
Sans prendre le temps d’écouter la réponse, le policier a regardé l’affiche qui annonçait mon exposition quelques jours auparavant.

« Il est écrit dans cette affiche que l’exposition doit durer une semaine. Pourquoi les avez-vous décrocher au bout de 2 jours ? Vous allez tout de suite les remettre à leur place ou vous aurez des problèmes. »

Le directeur s’est alors fait tout petit et il est allé expliquer aux artisans qu’ils devaient retirer leurs tables. Ils s’exécutèrent. Le policier m’a dit devant eux : « Si quelqu’un retire tes tableaux avant la fin de la semaine, tu viens me voir. »

Nous avons beaucoup rigolé moi et le flic lorsque nous sommes sorties. Les algériens sont presque tous pareils.

Je revenais chaque jour. Mes peintures étaient à leur place mais j’avais droit à toute sorte de propos impolis et désagréables. Le directeur sortait et se mettait à parler avec le gardiens. Il disait du mal des artistes, se moquait de moi. Une fois il m’a dit : « Pourquoi dessiner ces conneries ! Vous les artistes, vous êtes des hypocrites ! Tout le monde sait que ce pays est merdique et qu’une personne normale ne rêve que d’une chose, le quitter. Tu as gagné quoi toi grâce à l’indépendance ? L’état et les militaires volent tout pendant que toi, tu as des miettes ! »

Cette histoire a l’air insolite mais elle est très représentative de la façon avec laquelle les centres culturels et les association traitent les artistes. Le statu de l’artiste dans la société algérienne est tellement dévalorisé que ces scènes d’abus et d’humiliation sont très fréquentes. J’en parle avec tous mes amis peintres et tous ont venu plusieurs fois des moments pareils. Y en a beaucoup qui quittent le métier à cause de cela. Il faut avoir la tête sur les épaules et de l’estomacs pour supporter tous ces connars incultes et méprisant qui gèrent les institutions culturelles. Il faut savoir que la plupart des artistes n’ont pas d’ami ou de voisin policier. Ils ne peuvent donc rien faire contre ça. S’ils vont porter plainte, la plainte n’aboutira pas car on ne les prendra pas au sérieux puisque c’est des artistes. 

98% des associations et des centre culturels sont gérés par des gens pareils. En fait, la plupart du temps, ces associations et autres centres sont crées par les maires spécialement afin de détourner de l’argent. C’est pour ça qu’ils mettent à leur tête 9 fois sur dix des gérants qui n’ont aucun rapport avec l’art et la culture. Il reste 2% de centre culturels bien gérés mais il faut avoir du courage et de la persévérance pour les trouver.

Je me suis toujours demandé pourquoi est-ce que certaines associations organisent des expositions de peinture. En vérité, le mot exposition est bien énorme. Comme ces types, c’est eux qui viennent nous chercher dans les galeries. Ce fut un journaliste qui m’apporta la réponse. En fait, ces associations signent des partenariats avec le ministère de la culture. Ils remplissent des registres et les envoient à la mairie. A chaque fois qu’elles exposent un artiste, elle reçoive des subventions. Une association qui expose 30 peintres par ans, reçoit un beau paquet d’argent. L’état fait ça pour encourager les association à aider les artistes. Mais en  réalité, cet argent, les associations se le mette dans les poches. Pas un rond n’est investi dans l’organisation des expositions. En principe, le gérant de la galerie ou de l’association doit faire réaliser au moins une affiche et des cartes d’invitation. Il doit aussi organiser un véritable vernissage et envoyer les invitations à des personnalités, des journalistes…
Dans la pratique, ils ne font rien de cela. Ils se contentent de mettre à votre disposition un ou quelques murs, parfois des planches de contreplaque. 

Seuls les jeunes peintres débutants ou les minables sans talents acceptent d’exposer chez eux.

Posté par redha_peintre à 18:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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